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Mardi 29 juillet 2008 2 29 /07 /2008 22:47

 
V
u
e de la Grande Scène
 le vendredi 25 juillet
 

Vendredi dernier, au Paléo, la soirée sur la Grande Scène avait un air de revendication. Avec à l’honneur, les mots et les textes engagés, portés par le slam de Grand Corps Malade, le rap de I AM et le Trip-hop de Massive Attack. Trois styles différents, réunis par une même passion de l’humain et une même volonté de salut.


Grand Corps Malade
Photo © Lionel Flusin
 
19h, le soleil est encore présent et chauffe le terrain lorsque Grand Corps Malade entre en scène. Malgré un horaire peu propice et la chaleur, le public est présent et rempli le terrain pour ce jongleur de mots et des maux, deux fois récompensé aux Victoires de la Musique en 2007. Il enchaînera pendant 1h15 histoires vécues et réflexions sur le monde, alternant chansons de son premier album (Midi 20) et de son tout nouvel opus, Enfant de la Ville, sorti cette année. Sa voix sombre, mise en valeur par un piano, une guitare, des percussions et une trompette, emplie le Paléo… Des frissons parcourent le public. Ce poète de Saint-Denis captive avec ses paroles engagées. Avec « Le Blues de l’instituteur » il dénonce les erreurs humaines, l’extrémisme, la violence et la haine. Chaque humain est pointé du doigt. On est tous responsable. Ce soir, si une personne sur deux se sent touchée par ses mots, son concert n’aura pas été vain.
 

Puis grâce à « Voyages en train », on entre dans le pays des métaphores. Grand Corps Malade, Fabien Marsaud de son vrai nom, nous montre aussi que la vie peut-être prise avec humour grâce à « Ma tête, mon cœur, mes couilles » (Midi 20) ou encore « L’appartement » (Enfant de la Ville) et que l’on peut parler d’amour sans lieux communs avec « Comme une évidence », sûrement la plus belle déclaration d’amour mise en poésie à ce jour !

Après 75 minutes tantôt contemplatives, tantôt humoristiques, on ne peut qu’applaudir chaleureusement ce slameur amoureux des mots, qui parle de sa vie avec mélancolie, un soupçon de nostalgie (« Rétroviseur ») et surtout une grande sincérité. Dans ses textes, la haine et la violence n’ont pas de place.


I AM
Photo © Lionel Flusin

Une heure de pause n’est pas de trop pour s’en remettre et faire la place aux rappeurs marseillais d’I AM, fans de séries américaines, qui présentent leur 5ème album Saison 5. Ici encore, on dénonce, on se bat contre les injustices sur fond de rap travaillé et riche de sons hétéroclites : cela va du clavecin aux percussions en passant par la basse ou les claviers. Même sans aimer le rap, on ne peut qu’apprécier un groupe aussi à l’aise sur scène et qui fait danser 40.000 personnes ce soir devant la Grande Scène. Vu de loin, le public se transforme en une marée de mains levées oscillant en rythme.

Le groupe s’essaye même au Hip-hop grâce à deux chanteurs, Saïd et Khephren. Malheureusement, le son n’est pas idéal, la belle voix de Saïd étant couverte par le flow d’Akhenaton.

Dés les premiers accords de leur tube planétaire « Je danse le Mia », le public explose. I AM nous avait prévenu : « ce soir, on vous met le feu ». Ils ont tenu leur promesse ! On en deviendrait presque fan de l’OM.

I AM est probablement le groupe de rap français le plus fédérateur, capable de plaire aux novices comme aux rappeurs et qui a permis à toute une génération de gosses de sortir de l’anonymat des cités grâce à la musique. A l’heure où le cynisme et la dérision sont des sports nationaux, I AM est certainement l’unique précurseur d’un rap mélodique, engagé et qui ose se positionner sans masque et en totale intégrité. 

    Massive Attack
Photo © Boris Soula
  

 A minuit tapante, la tête d’affiche du soir arrive enfin sur scène. Et ce n’est pas moins que les anglais fondateurs du Trip-hop, Massive Attack ! Déjà huit albums à leur actif dont les excellents  Mezzanine  et  100th Window  dont la plupart des chansons de ce soir sont tirées et un neuvième,  Weather Underground.

Grâce à un mur de leds et de spots, Massive Attack éteint le feu allumé par I Am et nous plonge dans les limbes, à mi-chemin entre la réalité et le monde des songes. Et quoi de mieux que la mélodie sombre et enivrante de « Angel » (Mezzanine) pour immerger le public dans une torpeur méditative. Un décor simple, brut. Fini les explosions de lumières et de vidéos. Ce soir, Massive Attack joue dans la pureté des leds et recrée une fois encore, un univers qui lui est propre.

Et dans le monde de Massive Attack, tout est possible. Croiser Horace Andy au détour de « One Love » (Blue Lines), se faire bercer sur « Teardrop » (Mezzanine) par Stephanie Dosen, une déesse blonde à la voix cristalline, ou encore se réchauffer au chant jazzy de Yolanda Quarty (du groupe Phantom Limb) sur « Protection » (Protection).

Dans cette bulle hors du temps, on peut se baigner avec délectation dans le spleen de « Dream On » (Mezzanine) ou lever son poing pour sauver notre environnement. D’ailleurs, sur les leds défile une phrase forte de sens « The forest preceeds human, the desert follows him… ».

Ce concert revendicatif et dénonciateur, commencé dans la torpeur et la subtilité, ira crescendo jusqu’à atteindre des sommets d’énergie et de puissance avec « Special Cases » (100th Window) et « Unfinished Sympathy » (Blue Lines). On en redemande !

  

VALERIE MARCHAT


Liens vers les sites officiels :

Grand Corps Malade  (link)
I AM : (link)
Massive Attack : (link)

Par Valérie Marchat - Publié dans : Arts éphémères
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