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Mercredi 9 juillet 2008 3 09 /07 /2008 13:09

…Voyage au pays des songes

 
Du 19 au 21 juillet, le Nederlands Dans Theater, l’une des meilleures compagnies de danse contemporaine à ce jour, se produisait au Théâtre National, en collaboration avec La Monnaie, pour nous faire remonter le temps et découvrir trois chefs-d’œuvre de la danse néo-classique.
Bienvenue dans un voyage toute en sensualité avec comme guides Jiri Kylian, chorégraphe néerlandais de génie, mais aussi Lightfoot et Léon.


Wings of Wax
Photo © Joris Jan Bos

 

Première étape, l’année 2006 avec Tar and Feathers. Une scène étrange se déroule alors devant nos yeux. Une pianiste suspendue à trois mètres au-dessus de la scène, côté jardin, un plateau austère fait de planches noires et blanches et une lumière froide, presque fantomatique, se reflétant sur du papier à bulle. Voila pour le décor. Du Mozart pour la musique et une chorégraphie poignante pour le visuel. Sobre, pur et fantasmagorique, bienvenue dans le monde de Kylian ! Les corps s’enchevêtrent et se repoussent avec violence, alternant gestes ultrarapides et poses figées, telle une allégorie de la vie et de la mort, du conscient et du subconscient.

La danse est un langage des signes et des corps pour Jiri, qui déclame le poème de Samuel Beckett, What is the Word ? Ne serait-ce pas « Magnifique » ?

Après l’entracte, le voyage continue et fait une halte dans le monde de Paul Lightfoot et Sol Léon, avec Signing Off créé en 2003 pour le Nederlands Dans Theater I, une chorégraphie qui a reçu le prix international Benois de la danse en 2005. Ici, la sobriété reste de rigueur. Seul le mouvement des corps a sa place sur scène. Sur fond de cordes frottées, quatre danseurs s’affrontent avec lyrisme. Le plateau se rétrécit progressivement, les corps se rapprochent mais ne se touchent pas. Comme un jeu, ils se tournent autour, se regardent puis s’éloignent en un éternel mouvement de grâce et de musicalité. Le public en a la chair de poule et reste coi. Entrent alors de frêles danseuses, toutes de noir vêtues. Les pas de deux s’enchaînent. Le temps semble suspendu. Les corps se balancent avec grâce sur les accords des violons du Concerto pour violons et orchestre (1987) de Philip Glass. Un tableau émouvant et déchirant jusqu’à la fin, lorsque les danseurs s’évanouissent comme des cascades, derrière des rideaux de soie noire ondulant dans le fond de la scène. Créée à une époque où le duo avait décidé de quitter pour un an la compagnie, cette chorégraphie résonne comme un adieu ardent et saisissant.

Le public est conquis et hurle ses bravos avec une conviction contagieuse.

Nous voilà déjà arrivé à la fin de notre voyage avec un dernier tableau de Jiri Kylian. Wings of Wax, créé en 1997 d’après le texte Musée des Beaux-arts de W. H. Auden et le célèbre mythe d’Icare, résolu à voler si haut que le soleil fait fondre ses ailes de cire. Sa chute sera inéluctable. Dés les premières notes de Bach, un spectacle enchanteur se déroule sous nos yeux : au centre de la scène, un arbre défeuillé suspendu par ses racines est illuminé par un spot se déplaçant continuellement. Etrange, Kylian ? Bien sûr, mais jamais sans une exquise poésie… Cet univers sombre et fascinant prendra vie lorsque quatre couples émergent des ténèbres. Les morceaux de Bach et de Philip Glass s’enchaînent et les danseurs s’alternent sur scène. Les couples sont remplacés par cinq poupées mécaniques, quatre danseuses et un danseur, qu’on imagine sorties tout droit du conte d’Hoffmann, Coppélia. Enfin, le troisième morceau retentit. Et voici des pas de deux langoureux qui se succèdent. Légèrement moins intense que la chorégraphie de Lightfoot et Léon, ce tableau reste cependant émouvant par sa grâce et sa tristesse.


Cette soirée captivante laisse un goût de mélancolie et de plénitude comme si nous venions de pénétrer dans un monde enchanteur, un voyage initiatique dans le monde du néo-classique que l’on ne risque pas d’oublier. Ces chorégraphies inspirées, cette musique envoûtante et l’emportement des corps de danseurs de qualité confirment l’idée que le néo-classique est au Nederlands Dans Theater, ce que le ballet classique est à l’Opéra Garnier. Il est regrettable cependant que ce voyage lyrique fut réservé à une élite financière, au regard du prix de la place, oscillant entre 30 et 40 euros.

 

 



VALERIE MARCHAT

 

 

 

Par Valérie Marchat - Publié dans : Arts de la scène
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